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Les activités de l'association Histoire et patrimoine du pays de Sainte-Hermine


Inauguration du monument de Clemenceau

Publié par Histoire et Patrimoine du Canton de Sainte Hermine sur 14 Octobre 2009, 15:44pm

Catégories : #Patrimoine

 

André Bujeaud, qui s'est inscrit à l'association Histoire et Parimoine du Canton de Sainte Hermine, vient de voir son étude sur le monument aux morts de Sainte Hermine éditée par la Communauté de Commune. Il a encore beaucoup de textes dans ses cartons qui attendent d'être publiés. Il nous communique ce texte succulent sur les impressions du curé de Sainte Hermine à l'occasion de l'inauguration du monument de Clemenceau. Nous l'en remercions vivement

Les Impressions
du curé de Sainte-Hermine

 

Alors que la journée du 2 octobre 1921 s'achève, monsieur H Piberne, curé de Sainte-Hermine rédige à la hâte ses impressions de la fête mémorable de l'inauguration du monument Clemenceau, pour que le texte puisse paraître dans le bulletin paroissial du mois d'octobre.

 

André Bujeaud

 

INAUGURATION DU MONUMENT CLEMENCEAU IMPRESSIONS

 

Dimanche soir.

 

Je n'ai pas à faire à mes paroissiens le récit de la fête d'inauguration de monument Clemenceau; ils ont pu la voir comme moi et mieux que moi, et ils garderont longtemps le souvenir de cette journée historique qui a attiré dans notre ville une foule si nombreuse.

Je veux simplement dire quelques-unes de mes impressions et montrer la différence entre cette manifestation d'après-guerre et les manifestations d'avant-guerre, où l'on faisait surtout de la politique et où on ne gardait pas toujours la mesure à l'égard des partis adverses. Aujourd'hui c'était une fête vendéenne, l'union sacrée y était sincèrement pratiquée, comme pendant la guerre.

Pour permettre aux catholiques de remplir leurs devoirs religieux, la messe du dimanche avait été avancée et, depuis que je suis curé de Sainte-Hermine, je ne me rappelle pas avoir eu pareille affluence.

Il n'y avait rien d'officiel puisque la fête proprement dite commençait une heure après, mais c'était tout de même un spectacle édifiant que de voir ce groupe de sénateurs, députés et conseillers généraux agenouillés respectueusement aux pieds de l'autel et affirmant publiquement leurs convictions religieuses.

Le programme musical n'était pas compliqué : on y a chanté le Credo et la Vendéenne à plein cœur et à pleine voix, tout comme dans nos pèlerinages.

La messe terminée, la foule se dirige vers la place de Saint-Hermand et là, sur cette place qu'on pourra, désormais appeler la place Clemenceau, pendant deux heures les orateurs se succèdent et prononcent de très beaux discours que quelques privilégiés peuvent entendre et que les autres liront dans les journaux.

Le principal discours a été prononcé par le héros de la fête, par le grand patriote dont le ciseau d'un artiste de talent a symbolisé le rôle important pendant la guerre, en le représentant dans les tranchées au milieu des Poilus.

  Clemenceau est acclamé, les Vendéens et les habitants de Sainte-Hermine en particulier,sont fiers de leur compatriote comme lui-même est fier de son titre de Vendéen.

Nous voici au banquet et c'est peut-être la partie la plus intéressante du programme en ce sens surtout qu'aucune note discordante n'a troublé l'union qui a régné pendant toute cette journée.  Qui aurait pu penser qu'au cours de ce banquet, ceux qui nous ont le plus combattus jadis en auraient profité pour proclamer que les prêtres avaient fait vaillamment la guerre et avaient eux aussi, payé leur tribut; il est même à remarquer que ces paroles ont été très applaudies.

Ces messieurs qui ne se confessent pas, ont fait, ce jour-là, une véritable confession; l'un d'eux a même eu la franchise de me dire: «M. le Curé, vous ne m'en voulez pas? ». J'ai cru devoir lui répondre: «Non, je ne vous en veut pas puisque vous venez de réparer le passé en faisant publiquement l'éloge du clergé que j'ai l'honneur de représenter ».

Dans le discours de Clemenceau, ce fut la même note. Il a parlé, comme toujours, avec esprit, mais il a aussi parlé en homme sincère qui sait reconnaître ses erreurs et qui a le courage de le dire.

Le passage de son discours sur les aumôniers militaires a vivement impressionné et comme il l'a dit, il n'a jamais manqué l'occasion de leur rendre hommage.

Voilà donc Clemenceau qui dit du bien des curés; je ne sais pas si je me suis trop avancé quand j'ai eu l'honneur de lui être présenté par M. de Fontaines, mais sa réponse me ferait croire qu'il a bien pris la chose. J'ai pris la liberté de lui dire: «M. le Président, vous n'avez pas toujours dit tant de bien des curés! » : « Ah ! çà c'est vrai » m'a-t’il répondu.

C'était un aveu honorable et en même temps la confirmation des paroles élogieuses qu'il venait de prononcer devant 650 convives présents au banquet.

Je ne me fais pas d'illusion: tout n'est pas changé en France? mais il y a tout de même quelque chose de changé.

Je manquerais aux règles de la discrétion, j'aurais l'air d'en tirer vanité si je disais toutes les marques de sympathie que j'ai reçues ce jour-là de la part d 'hommes qui n'approchent pas souvent la soutane, mais qui, comme Clemenceau, ont vu à l'œuvre les prêtres-soldats et les aumôniers militaires et qui n'ont plus, à l'égard du clergé, les préventions qu'ils avaient avant la guerre.

En achevant ces lignes écrites au courant de la plume pendant que la foule se disperse et que Sainte-Hermine rentre dans le silence, j'exprime le vœu que cette union dont on a tant parlé et qui a été cimenté, sur les champs de bataille, par le sang de nos soldats, ne soit plus troublée désormais.

Comme l'a si bien dit Clemenceau: «Il y a peu de raisons de se haïr, et tant de raisons de s'aimer».

 

H.Piberne.

les deux illustrations proviennent du "Monument Clemenceau de Sainte-Hermine" par André Bujeaud édité par le Conseil Général de Vendée.

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